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Lorsqu’on commence à épargner sérieusement pour sa retraite, une question revient presque systématiquement : faut-il ouvrir un plan d’épargne retraite (PER) ou privilégier l’assurance vie ?
Les deux enveloppes permettent d’investir à long terme sur des fonds en euros, des fonds obligataires, des actions, des ETF ou d’autres unités de compte selon les contrats. Pourtant, leur logique patrimoniale est très différente.
Le PER récompense l’épargnant qui accepte de bloquer son argent : les versements volontaires peuvent être déduits du revenu imposable, dans certaines limites. L’économie fiscale est immédiate, mais la contrepartie arrive à la retraite puisque les sommes ayant bénéficié de la déduction sont fiscalisées à la sortie.
L’assurance vie ne procure généralement aucun avantage fiscal au moment du versement, mais le capital reste disponible. Elle devient par ailleurs fiscalement intéressante avec le temps, notamment après huit ans.
Opposer systématiquement les deux produits est donc une erreur. Pour beaucoup d’épargnants, la bonne stratégie consiste plutôt à déterminer quelle part de l’épargne peut être immobilisée jusqu’à la retraite et quelle part doit rester disponible.
Et surtout à regarder sa tranche marginale d’imposition (TMI). Car un PER n’a pas du tout le même intérêt pour une personne imposée à 11 % et pour une autre imposée à 41 %.
Commençons par le principal avantage du PER : la déductibilité des versements volontaires.
Sous réserve du plafond disponible, 10 000 euros versés sur un PER et déduits du revenu imposable permettent, en première approximation, de réduire l’impôt de :
C’est la raison pour laquelle il est trompeur d’affirmer que le PER est intrinsèquement meilleur que l’assurance vie pour préparer sa retraite. La valeur de son principal avantage dépend directement de la fiscalité de l’épargnant.
Pour un contribuable situé dans une tranche à 41 %, le levier est puissant : un effort d’épargne de 10 000 euros ne lui coûte économiquement que 5 900 euros après économie d’impôt, à condition évidemment de raisonner toutes choses égales par ailleurs.
À 11 %, le même versement ne génère que 1 100 euros d’économie d’impôt. Le blocage du capital devient alors beaucoup plus difficile à justifier face à une assurance vie disponible à tout moment.
Il faut également comprendre que la déduction du PER est essentiellement un décalage de fiscalité, et non un cadeau définitif de l’administration fiscale.
Lorsque des versements ont été déduits à l’entrée et que l’épargnant récupère son PER en capital à la retraite, la part correspondant à ces versements entre dans le barème de l’impôt sur le revenu. Les gains connaissent leur propre fiscalité.
Le scénario idéal est donc assez intuitif : déduire des sommes lorsque l’on est fortement imposé pendant sa vie active et les récupérer lorsque sa TMI a diminué à la retraite.
Un actif imposé à 41 % qui se retrouve à 30 % ou 11 % à la retraite réalise un véritable arbitrage fiscal entre deux périodes de sa vie.
Mais même avec une TMI identique à l’entrée et à la sortie, le PER peut conserver un intérêt : l’économie d’impôt obtenue aujourd’hui peut elle-même être investie pendant plusieurs décennies. C’est un point souvent oublié dans les comparaisons.
À condition, bien sûr, de réellement épargner cette économie fiscale au lieu de la consommer.
L’assurance vie suit la logique inverse.
Elle ne donne pas de réduction d’impôt à l’entrée. En revanche, les sommes versées restent accessibles : l’épargnant peut effectuer un rachat total ou partiel lorsqu’il le souhaite.
Et seuls les gains compris dans le rachat sont fiscalisés, pas la totalité de la somme retirée.
Après huit ans, l’assurance vie bénéficie en outre d’un abattement annuel sur les gains retirés de 4 600 euros pour une personne seule et 9 200 euros pour un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune.
Voici donc le match résumé simplement :
| Critère | PER | Assurance-vie |
|---|---|---|
| Avantage fiscal au versement | Oui, si déduction choisie | Non |
| Capital disponible | En principe à la retraite | À tout moment |
| Achat résidence principale | Déblocage possible | Retrait libre |
| Fiscalité à la sortie | Dépend de la déduction à l’entrée et du mode de sortie | Seuls les gains retirés sont imposés |
| Sortie à la retraite | Capital, rente ou combinaison | Retraits libres ou rente |
| Transmission | Intéressante, modalités variables selon le type de PER | Un des grands atouts de l’enveloppe |
| Profil type | Actif imposé préparant spécifiquement sa retraite | Épargnant recherchant souplesse et disponibilité |
En réalité, le PER achète donc un avantage fiscal en échange d’une contrainte de liquidité.
C’est précisément cette contrainte qui doit déterminer la répartition entre les deux enveloppes.
Prenons deux cadres âgés de 45 ans. Tous deux disposent de 20 000 euros par an à consacrer à leur patrimoine financier.
Le premier est célibataire et se situe dans la tranche marginale d’imposition à 41 %. Le second est dans celle à 11 %.
Le premier a de solides raisons de regarder le PER. S’il verse 10 000 euros déductibles, l’économie fiscale théorique associée atteint 4 100 euros.
Le second n’économiserait que 1 100 euros.
Pourtant, les deux accepteraient la même contrainte : leur argent serait en principe immobilisé jusqu’à la retraite, sauf cas légaux de déblocage anticipé.
Le PER prévoit notamment des sorties anticipées pour certains accidents de la vie ainsi que pour l’acquisition de la résidence principale. Mais cette dernière possibilité ne doit pas être assimilée à la liquidité d’une assurance vie : lorsque les versements volontaires ont été déduits, le capital correspondant à ces versements retiré pour acheter la résidence principale est soumis à l’impôt sur le revenu.
Pour comprendre précisément les différences entre les deux enveloppes, ce comparatif entre assurance vie et PER revient sur leur fonctionnement respectif.
La question centrale reste donc la TMI.
À 41 ou 45 %, le PER mérite presque systématiquement d’être étudié pour l’épargne spécifiquement destinée à la retraite.
À 30 %, il reste très intéressant dans de nombreuses situations, particulièrement si l’on anticipe une baisse de revenus à la retraite.
À 11 %, le match devient nettement plus favorable à l’assurance vie. Et pour un foyer non imposable, effectuer des versements déductibles n’a évidemment pas d’intérêt immédiat.
Le PER permet d’ailleurs de renoncer à la déduction fiscale des versements. En contrepartie, le capital correspondant à ces versements non déduits bénéficie d’une fiscalité plus favorable à la sortie.
Mais pour un épargnant peu imposé qui souhaite simplement investir à long terme, il faut alors se demander pourquoi accepter le blocage propre au PER si une assurance vie peu chargée en frais permet d’investir sur une allocation comparable avec une bien meilleure disponibilité.
C’est un point important : PER et assurance vie sont des enveloppes fiscales, pas des classes d’actifs.
Un PER n’oblige pas à investir en actions ou à prendre davantage de risque qu’en assurance vie. Selon le contrat, il est possible d’y loger des unités de compte, mais également un fonds en euros. Le PER permet donc, tout comme l’assurance vie, d’investir sur un fonds euro pour rechercher davantage de sécurité sur tout ou partie de son capital. Il faut néanmoins regarder au-delà du seul taux mis en avant par l’assureur : cet article sur les meilleurs PER pour investir en fonds euros et la manière d’interpréter leur rendement affiché permet d’approfondir ce point.
Le choix entre PER et assurance vie ne doit donc pas être effectué en fonction d’une opposition du type « placements risqués contre placements sécurisés ». Dans les deux enveloppes, l’épargnant peut généralement construire une allocation plus ou moins prudente selon les supports disponibles dans son contrat.
Imaginons maintenant un couple de 40 ans disposant déjà d’une épargne de précaution et capable d’investir 2 000 euros chaque mois.
Tout mettre sur un PER serait rarement optimal.
Certes, le couple maximiserait éventuellement son avantage fiscal. Mais il immobiliserait une part considérable de son patrimoine financier pendant une vingtaine d’années.
Que se passe-t-il à 50 ans s’il souhaite financer les études des enfants, aider l’un d’eux à acheter son logement, lancer une entreprise ou simplement réduire son temps de travail ?
L’assurance vie apporte précisément la souplesse qui manque au PER.
À l’inverse, tout placer en assurance vie alors que le couple se trouve dans une TMI de 41 % reviendrait potentiellement à laisser de côté un levier fiscal important.
La stratégie peut donc consister à organiser l’épargne en plusieurs étages.
D’abord, conserver une épargne de précaution immédiatement disponible, typiquement sur des livrets.
Ensuite, utiliser l’assurance vie pour l’épargne patrimoniale de long terme qui doit rester mobilisable.
Enfin, consacrer le PER aux capitaux dont on sait avec une assez forte probabilité qu’ils ne seront pas nécessaires avant la retraite, particulièrement pendant les années où la TMI est élevée.
Cette distinction est beaucoup plus utile que de chercher abstraitement à déterminer lequel des deux produits offre le meilleur rendement.
Car à supports identiques et à frais comparables, ce n’est pas l’étiquette PER ou assurance vie qui crée la performance des marchés financiers. Ce sont principalement les actifs détenus dans l’enveloppe.
Un PER investi à 80 % en actions sera normalement beaucoup plus volatil et offrira une espérance de rendement supérieure à long terme à celle d’une assurance vie placée intégralement sur un fonds en euros. Mais ce n’est pas parce que le PER est intrinsèquement plus performant : c’est parce que les allocations sont différentes.
Inversement, un PER majoritairement investi sur un fonds euro peut présenter un profil très prudent, exactement comme une assurance vie utilisant le même type de support.
D’ailleurs, l’horizon très long du PER peut être un avantage comportemental. Puisque l’argent est destiné à la retraite et peu liquide, l’épargnant peut plus facilement accepter une allocation dynamique lorsqu’il lui reste vingt ou trente ans avant de partir.
La gestion pilotée à horizon proposée par les PER repose justement sur cette idée : prendre davantage de risque lorsque la retraite est lointaine puis sécuriser progressivement le portefeuille à mesure que l’échéance approche.
Il reste toutefois indispensable de surveiller les frais.
Un avantage fiscal important à l’entrée ne justifie pas de choisir un PER médiocre facturant des frais élevés pendant trente ans. De la même façon, une assurance vie lourdement chargée en frais peut perdre une bonne partie de son intérêt face à des contrats modernes proposant des ETF et des frais réduits.
Il n’existe évidemment pas de répartition universelle.
Mais quelques profils permettent de comprendre la logique.
Un jeune actif faiblement imposé aura généralement intérêt à privilégier la liquidité. Avant de bloquer une part significative de son patrimoine sur un PER, constituer une épargne de précaution, financer sa résidence principale et développer une poche d’investissement disponible sont souvent prioritaires. L’assurance vie peut donc prendre l’avantage.
Un cadre de 45 ou 50 ans imposé à 41 %, propriétaire de sa résidence principale et disposant déjà d’un patrimoine liquide confortable se trouve dans une situation presque opposée. Il peut consacrer une partie beaucoup plus importante de son effort d’épargne au PER : son avantage fiscal immédiat est élevé et son horizon avant la retraite se raccourcit.
Un indépendant ou un dirigeant dont les revenus fluctuent peut utiliser le PER de manière encore plus tactique. Plutôt que de verser mécaniquement la même somme chaque année, il peut augmenter ses versements lors des exercices où ses revenus, et donc potentiellement sa TMI, sont particulièrement élevés, sous réserve de son plafond disponible.
Un épargnant déjà proche de la retraite doit enfin regarder attentivement sa fiscalité future avant d’effectuer un gros versement. Déduire aujourd’hui à 30 % pour ressortir peu après avec une TMI équivalente n’a évidemment pas le même intérêt que déduire à 41 % pendant quinze ans avant une retraite fiscalement plus légère.
Il faut aussi anticiper la façon dont le PER sera liquidé.
Sortir plusieurs centaines de milliers d’euros en une seule année peut fortement augmenter le revenu imposable puisque, pour les versements ayant bénéficié de la déduction, le capital correspondant aux versements réintègre le barème progressif.
Une sortie fractionnée sur plusieurs années peut donc permettre de mieux piloter sa fiscalité.
C’est là que la combinaison avec l’assurance vie retrouve tout son intérêt.
À la retraite, l’épargnant disposant des deux enveloppes possède plusieurs robinets : il peut effectuer des rachats sur son assurance vie, débloquer progressivement son PER, éventuellement percevoir une rente et adapter chaque année ses retraits à ses besoins et à sa situation fiscale.
Préparer sa retraite ne consiste donc pas seulement à accumuler le plus gros capital possible. Il faut aussi préparer les conditions dans lesquelles ce capital pourra être consommé.
C’est pourquoi le match PER contre assurance vie n’a finalement pas vraiment de vainqueur.
Le PER est avant tout un excellent outil pour transférer du revenu d’une période fortement imposée de sa vie vers la retraite, tout en investissant à long terme. Plus la TMI pendant la vie active est élevée, plus son intérêt potentiel augmente.
L’assurance vie répond à un autre besoin : constituer et faire fructifier un patrimoine de long terme sans renoncer à sa disponibilité, avec en prime une fiscalité avantageuse après huit ans et des atouts spécifiques pour la transmission.
Pour beaucoup d’épargnants, la stratégie la plus robuste consiste donc à posséder les deux.
Une assurance vie suffisamment alimentée pour conserver de la flexibilité. Et un PER dimensionné en fonction de la TMI, du plafond de déduction disponible, de l’âge, des revenus futurs attendus et surtout du montant que l’on peut réellement immobiliser jusqu’à la retraite.
La bonne question n’est alors plus « PER ou assurance vie ? », mais plutôt : « combien mettre sur chacun ? »
Et cette réponse doit évoluer tout au long de la vie.
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